close

Aziz Chouaki

« Mieux vaut allumer une bougie que de maudire les ténèbres. » (Lao Tseu)

Sa passion photo en bandoulière et le coffre de sa voiture plein d’accessoires, Baptiste Cozzupoli, a sillonné les environs de Saint-Dié-des-Vosges en quête d’un autre lui-même, en fait. Paysages, visages, il a erré tel par monts et par vaux, tel Diogène avec sa bougie allumée en plein jour et clamant : je cherche un homme. Les êtres vivants qu’il immortalise ont en commun le fait qu’il semblent gérer débonnaires, leur expression, leur dégaine, en toute confiance, inscrits au fronton de leur rurbanité, et frais comme l’oeuf du jour, ils composent eux même la socialité de leur propre personnage pourrait-on dire, dès lors, livrant gracieusement la pudeur de leur humanité. Il y a quelque chose de touchant et de presque christique dans ce don de soi, comme une main ouverte, une joue gauche tendue, un chant de paix au coin des visages, donnant à l’ensemble quelque chose de l’ordre de l’oratorio crépusculaire.

Au hasard des appels de regards (au sens où l’on dit appels de phare), des invitations au voyage, Baptiste Cozzupoli se laisse flotter, valide, accepte ou invalide, c’est selon, les occurrences du réel le long de son chemin qui sent la bruyère et la noisette en ce pays de Lorraine si attachant. Baptise évolue ainsi dans une espèce de mémoire amniotique qui incline son regard vers tout ce qui lui ressemble, êtres vivants, natures mortes , pans de paysages, l’artiste fait feu de tout javelot de lumière qui filtre la flore alentour pour inscrire la Nature dans son propre roman personnel, car on est tous le produit de nos souvenirs, de notre imaginaire, de notre sensorialité. La photographie a ceci de particulier qu’elle soustrait au réel quelque chose qui, par un habile tour de passe-passe, génie, talent, adresse, se traduit transmuté en autre chose, qui fera désormais partie du réel, avec en bonus notre implicite aval à nous regardeurs. Cet instinct de la monstration, confère à cet art tout ce qui fonde l’Art d’une manière générale, c’est à dire le goût du partage et une certaine idée du sens de la vie.

Baptiste Cozzupoli en tant que représentant de la génération numérique de la photo, a reçu bien sur le legs de ses ainés de l’argentique, le parchemin philosophal, le pacte du bain et des révélateurs, il s’est évertué à traduire tout cela, dans la contemporaine philosophie du technocosme. Le mixte des deux donne quelque chose de très attachant, à la fois familier, sans le familialisme, et exogène sans la psychose de l’autre, du nouveau. ainsi à mi-chemin entre l’antique et le futur, s’énonce peut être le visage d’une nouvelle ère de la photographie, pour une fois libérée de l’antériorité tyrannique de la peinture, et de la vitesse effrénée de la télévision. Apaisée, enfin, elle retrouve le luxe le calme et la volupté de l’ordre des choses, et nous prodigue comme toujours cette saveur du regard du souvenir, de la trace, du tag, dirait-on aujourd’hui.